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Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

5 février 2017 : Ciné-club blaxploitation : Shaft, les nuits rouges de Harlem (1971) – Jackie Brown (1997)

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– 19h : Shaft, les nuits rouges de Harlem (Gordon Parks – 1971 – 100 minutes)

avec Richard Roundtree, Moses Gunn, Drew Bundini Brown, Charles Cioffi, Christopher St. John, Gwenn Mitchell, Lawrence Pressman

Un gros trafiquant de drogue fait appel à Shaft, un détective de Harlem aux méthodes musclées, pour retrouver sa fille enlevée, au milieu d’une guerre de gangs.

S’il n’est pas le tout premier film de blaxploitation, Shaft, les nuits rouges de Harlem, en est devenu l’incarnation (avec Sweat Sweatback Baadasssss Song de Melvin Van Peebles la même année). Ce genre cinématographique révolutionnaire consiste en des films réalisés par des afro-américains pour un public afro-américains avec les codes de la culture afro-américaine : des héros charismatiques (et non plus seulement des seconds rôles ou des méchants), Harlem, les fringues et coupes seventies, l’argot, les problèmes socio-politiques (racisme, drogue, prostitution, corruption) et surtout d’excellentes bandes originales composées par les stars de la soul et du funk (James Brown, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Bobby Womack, Roy Ayers, Barry White ou Herbie Hancock). Cela change des films de la culture blanche que les afro-américains étaient obligés de regarder par défaut pendant des décennies sans pouvoir totalement s’y identifier. Shaft, les nuits rouges de Harlem, est ainsi un polar musclé magnifié par son mythique thème musical à la guitare wah-wah signé Isaac Hayes (qui avait auditionné pour le rôle principal), ce qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure chanson et une nomination à celui de la meilleure bande originale. L’énorme succès du film engendra deux suites, Les Nouveaux Exploits de Shaft (1972), et Shaft contre les trafiquants d’hommes (1973), une série télévisée (1973-1974) ainsi qu’un remake avec Samuel L. Jackson (2000), et surtout des dizaines de séries B d’exploitation durant la décennie, comme Superfly, Coffy, Foxy Brown, Black Caesar ou Blacula, malheureusement d’un niveau souvent inégal, aux stéréotypes répétitifs et à l’ambition commerciale. A noter que Tarantino a révélé que son héros de Django Unchained est l’arrière-arrière-arrière-arrières grand parents de John Shaft !

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– 21h : Jackie Brown (Quentin Tarantino – 1997 – 148 minutes)

avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert Forster, Bridget Fonda, Michael Keaton, Robert De Niro, Michael Bowen, Chris Tucker

Une hôtesse de l’air ramenant régulièrement de l’étranger de l’argent à un trafiquant d’armes est coincée par la police. Faisant semblant de collaborer, elle va tenter de piéger tout le monde et de partir avec cinq cent mille dollars.

Auréolé du succès planétaire de Pulp Fiction (1994), Quentin Tarantino prend son temps pour son prochain film. Comme à son habitude, il revisite le cinéma d’exploitation qu’il vénère et refait tourner ses gloires personnelles : Jackie Brown est ainsi un hommage à la blaxploitation, repêchant une ancienne actrice culte du genre dans les années 70, Pam Grier (Coffy la panthère noire de Harlem, Foxy Brown, Black Mama White Mama, Scream Blacula Scram), qu’il nommait déjà dans un dialogue cinéphilique de Reservoir Dogs ! La bande-son est bien évidemment soignée, avec de chaleureux morceaux funk-soul de Bobby Womack, Delfonics, Minnie Riperton, Meters, Supremes ou Roy Ayers. Cependant, même si pour la première fois Tarantino n’a pas écrit le scénario mais adapté librement le roman Punch Créole d’Elmore Leonard, le film reste personnel et ne se limite pas aux codes du genre, ni même à son propre style puisque le tempo est plus lent, la violence peu présente et ses personnages plus sérieux. Mais ses caractéristiques dialogues digressifs et interminables sont toujours là, ainsi que l’humour. Le casting est soigné, retrouvant Samuel L. Jackson, avec un Robert De Niro amorphe à total contre-emploi ou le vétéran Robert Forster (Reflets dans un œil d’or), touchant prêteur sur gages usé par la vie aidant l’héroïne, ce qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Sans atteindre les records de Pulp Fiction, Jackie Brown est bien reçu par le public et la critique. Tarantino délaissera ensuite les polars et reviendra à des films bien plus sanglants avec les deux Kill Bill.

29 janvier 2017 : Ciné-club Marlon Brando : Reflet dans un œil d’or (1967) – Le Parrain (1972)

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– 19h : Reflets dans un œil d’or (John Huston – 1967 – 109 minutes)

avec Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Brian Keith, Julie Harris, Robert Forster, Zorro David, Gordon Mitchell, Irvin Dugan, Fay Sparks

Dans une caserne militaire en Georgie, d’étranges triangles amoureux se tissent, rempli de non-dits et de jalousies.

Le film s’ouvre sur la phrase « il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis ». Adapté d’un roman de Carson McCullers, Reflets dans un œil d’or est un film tourmenté et mystérieux sur le désir, la frustration, la déviation, la folie. Derrière la surface lisse d’une caserne militaire, Marlon Brando joue un major torturé par ses démons refoulés, troublé par un de ses soldats (Robert Forster, que l’on retrouvera dans Jackie Brown, Delta Force ou Mulholland Drive) qui s’adonne au naturisme et au voyeurisme, épiant la nuit sa femme (Elizabeth Taylor) dans sa chambre. Elle, frustrée, reporte ses pulsions sur ce qu’elle peut, son cheval ou un colonel avec qui elle a une liaison. La femme de ce dernier (Julie Harris, vue dans A l’Est d’Eden ou La Maison du diable) sombre dans la folie et passe son temps avec un boy philippin caractériel. Dans le prolongement des Désaxés (1961), John Huston installe un climat de malaise rempli de tensions sexuelles et d’interprétations sous-jacentes. La photographie du film est soignée, il a d’ailleurs été tourné dans une version alternative à la teinte entièrement sépia et dorée, que la Warner refusa. Porté par de très grands acteurs, Reflets dans un œil d’or est un drame psychologique vénéneux et complexe préfigurant David Lynch à plusieurs niveaux, et un des films les plus audacieux et singuliers de John Huston.

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– 21h : Le Parrain (Francis Ford Coppola – 1972 – 177 minutes)

avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Diane Keaton, John Cazale

En 1945, la famille sicilienne Corleone est une des cinq familles régnant sur la mafia new-yorkaise. Mais son chef, Don Corleone, est vieillissant, et refuse la proposition d’une autre famille de s’associer dans le trafic de drogue…

Le jeune Francis Ford Coppola n’avait réalisé que quelques films inégaux (et remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Patton) avant de s’attaquer à  l’adaptation d’un roman best-seller de Mario Puzo. Le poste avait été refusé par quantité de réalisateurs et Coppola s’est résolu à l’accepter avant tout pour renflouer sa société de production, American Zoetrope, alors en difficulté. D’un tournage houleux, bataillant constamment avec les studios Paramount alors dirigés par des financiers sans ambition artistique , il accouche rien de moins que de l’un des plus grands films de tous les temps, sur lequel tout a été dit. Le Parrain est un drame shakespearien vertigineux, pas tant un film de gangster qu’une histoire de famille et de pouvoir dont les membres ne peuvent échapper à leur destin inexorable, rempli d’intrigues, de trahisons et de meurtres. Marlon Brando était au plus bas de sa carrière, dont Paramount ne voulait plus entendre parler, mais s’abaissa à accepter un salaire en-dessous de son standard et passer une audition pour décrocher le rôle, signant une des performances les plus mythiques d’Hollywood, récompensée d’un Oscar (qu’il refusa, pour protester contre le traitement infligé aux Indiens d’Amérique). Un jeune inconnu venu du théâtre dont c’est le troisième film, Al Pacino, tient presque seul  le film sur ses épaules et lance sa riche carrière d’acteur culte. Le reste de la distribution est à chaque fois prodigieuse (James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton, John Cazale). Le film est une splendeur à tous les niveaux, de la musique (Nina Rota) à la photographie (les scènes en Sicile…), en passant par la réalisation impériale. Succès critique et public absolu, le film est le premier à dépasser les 100 millions de dollars de recettes, culminant à 245 millions (pour un budget de 7 millions !). Il est nommé à dix Oscars et en remporte trois (dont meilleur film et meilleur scénario). Pierre angulaire du cinéma des années 70, considéré par Stanley Kubrick comme potentiellement le plus grand film jamais réalisé avec un casting parfait, la saga connaîtra deux suites (en 1974 et en 1990).

8 janvier 2017 : Ciné-club Course : Torque, la route s’enflamme (2004) – Les Chariots de feu (1981)

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– 19h : Torque, la route s’enflamme (Joseph Kahn – 2004 – 84 minutes)

avec Martin Henderson, Ice Cube, Monet Mazur, Adam Scott, Matt Schulze, Jaime Pressly, Jay Hernandez

Accusé par un gang de motards d’un meurtre qu’il n’a pas commis, Cary Ford doit fuir et retrouver le coupable pour sauver sa peau.

De la part du producteur de Fast and Furious, S.W.A.T. et xXx, on sait que l’on ne risque pas de tomber sur un film d’auteur, mais plutôt sur des grosses cylindrées. Après sa série de films de bagnoles, voici un film de bécanes, avec pas moins de soixante-dix motos différentes pour le tournage (dont la plus rapide du monde, n’existant qu’en dix exemplaires). Sous une fausse histoire d’amour, Torque est un authentique film de brute, de vitesse, d’adrénaline, de carrosserie, d’asphalte et de grabuges pyrotechniques, soutenu pour une BO affreusement MTVesque. Après plus de deux cent clips musicaux pour Britney Spears, Eminem, Christina Aguilera, U2, Ricky Martin ou Ice Cube (qui joue dans le film, ou plutôt grimace, puisque c’est la seule chose dont il soit ici capable), Joseph Kahn met enfin son génie dans son premier long métrage. Il déploie une audace visuelle improbable dont on se serait bien passé tant il est fier de lui. Il va tellement loin qu’il franchit allégrement le mur du çon, ivre de surenchères de mouvements de caméra impossibles– mention spéciale à une course-poursuite en moto sur le toit d’un train, et pour la scène finale dans Los Angeles qui fait exploser le compteur de bêtise et fait rentrer Torque au panthéon des plus grands nanars, mention mâchoire par terre. Le film est un échec critique et commercial complet, qui vaudra au réalisateur de ne pouvoir tourner à nouveau pour le cinéma qu’en 2011. D’un très grand professionnalisme technique, Torque est un des films les plus singuliers et hilarants qu’il est donné de voir dans sa vie par sa nullité et sa crétinerie, bien plus marquant que la plupart des sorties annuelles. En un mot : culte !

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– 21h : Les Chariots de feu (Hugh Hudson – 1981 – 123 minutes)

avec Ben Cross, Ian Charleson, Nigel Havers, Cheryl Campbell, Alice Krige, Lindsay Anderson, Dennis Christopher, Nigel Davenport, Brad Davis, Peter Egan, Sir John Gielgud, Ian Holm, Patrick Magee

Deux coureurs britanniques que tout oppose se préparent pour les Jeux Olympiques de Paris en 1924.

Ce film d’époque commence dans les belles universités anglaises de la classe supérieure et adapte l’histoire vraie de deux champions britanniques d’athlétisme, pourtant si différent : Eric Liddell, chrétien qui court pour Dieu et ainsi refusant les courses le dimanche (y compris durant les Jeux Olympiques), et Harold Abrahams, juif arrogant qui souhaite prendre sa revanche sur l’antisémitisme ambiant. Autour de cette dualité, Les Chariots de feu constitue une sublime mise en forme esthétique, tempéraments, motivations et visions du monde respectives à travers l’effort athlétique, comme pendant et expression de leur foi et de leur force intérieure. Le casting masculin a d’ailleurs dû suivre un titanesque entraînement professionnel pendant trois mois pour passer pour des athlètes crédibles. La séquence où ils courent avec une vingtaine d’hommes en blanc au ralenti est un grand classique de l’histoire du cinéma, transcendée par la célèbre musique au synthétiseur de Vangelis Papathanassiou (dit Vangelis) – une des premières du genre du cinéma, et qui sera une des bandes originales les plus vendues dans le monde, lançant une mode de BO au synthé. Malgré son petit budget, Hugh Hudson réalise pour son premier film (après tout de même plus de mille cinq cent publicités et documentaires !) un classique quasi mystique sur l’esprit sportif et les conflits de classe, remportant quatre Oscars (meilleur film, meilleur scénario original, meilleure musique et meilleurs costumes) sur sept nominations.

18 décembre : Ciné-club Ciné-Bazar / Science-fiction par Paul Verhoeven : Robocop (1987) – Starship Troopers (1997)

Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du quatrième numéro de la revue Ciné-Bazar, qui consacre un dossier à Paul Verhoeven. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

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– 19h : Robocop (Paul Verhoeven – 1987 – 102 minutes)

avec Peter Weller, Nancy Allen, Daniel O’Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith, Miguel Ferrer, Paul McCrane, Ray Wise, Robert DoQui

A Detroit, face à une criminalité explosive, la sécurité civile est en train d’être privatisée à l’entreprise OCP. Elle met au point Robocop, un policier mort au service transformé en puissant robot.

Steven Spielberg conseillait depuis longtemps au néerlandais Paul Verhoeven d’émigrer aux Etats-Unis, pour sa plus grande facilité de financement de films. C’est ainsi que la femme du cinéaste lui suggère de réaliser Robocop, beaucoup refusé dans le milieu à cause de son apparence simpliste et commerciale, à commencer par le titre. Mais le fourbe Verhoeven a plus d’une idée en tête pour le détourner et ajouter des niveaux de lecture plus subtils, critiques et subversifs. Le film est en réalité une féroce satire sociale et politique des années Reagan comme seul un européen pouvait la faire : vulgaires, superficielles et proto-fascistes où règnent l’argent, le pouvoir et la corruption, constamment tournée en dérision. Il donne une vision cynique et objective de la violence, explosive et sanglante, exagérée jusqu’au grotesque pour à la fois faire passer la pilule tout en réveillant les consciences endormies par les blockbusters d’action. Inspirée autant par Metropolis que par Le Jour où la Terre s’arrêta, le personnage de Robocop – à l’évidente symbolique christique de mort et résurrection pour sauver son prochain – est devenu un des grands héros de la pop culture, dont le design et l’armure ont été élaborés par le fameux prothésiste et maquilleur Rob Bottin (Fog, Hurlements, The Thing, Total Recall). Peter Weller (Le Festin Nu) a su lui donner une présence et une démarche si caractéristiques, en dépit de la pénibilité de son costume (si lourd et si chaud qu’il en a perdu des kilos !). Le tournage fut désastreux, difficile et conflictuel, dépassant son budget son planning, mais cela n’a pas empêché Robocop de devenir un des grands succès des années 80, qui sera décliné en deux suites, deux dessins animés, une série télévisée, quatre téléfilms et un remake. Verhoeven considère encore qu’il s’agit de son meilleur film américain.

– 21h : Starship Troopers (Paul Verhoeven – 1997 – 129 minutes)

avec Casper Van Dien, Dina Meyer, Denise Richards, Jake Busey, Neil Patrick Harris, Patrick Muldoon, Michael Ironside, Clancy Brown, Seth Gilliam

Des jeunes diplômés s’engagent dans un service militaire de deux ans, donnant droit au statut de Citoyen, alors que la Terre mène une guerre intergalactique contre des insectes extra-terrestres géants. Johnny Rico le fait pour plaire à sa petite amie et se retrouve dans l’infanterie, tandis que celle-ci s’est engagée dans la marine spatiale avec le rival de Rico.

Au bout de dix ans de carrière à Hollywood (Totall Recall, Basic Instinct, Showgirls), Paul Verhoeven se lance dans une nouvelle farce politique d’une ampleur et d’une violence inégalées, en adaptant librement un livre de science-fiction de 1959 (il en prend d’ailleurs le contre-pied). Rarement Hollywood n’aura accouché d’un film aussi subversif, qui plus est à ses dépens ! Car Starship Troopers se révèle être en fait une parodie de blockbuster, une satire contre le militarisme, le patriotisme aveugle et la propagande manipulatrice du Bien. Mais avec son budget d’une centaine de millions de dollars, ses effets spéciaux saisissants (nommés à l’Oscar), ses acteurs beaux et niais comme dans des sitcoms (Casper Van Dien et Dina Meyer viennent de Beverley Hills 90210, Denise Richards et Patrick Muldoon de Melrose Place, et Neil Patrick Harris de Docteur Doogie, des années avant How I met you mother !) et ses séquences spectaculaires de navigation spatiale et de guerres sanglantes, les critiques de l’époque l’ont pris au premier degré et l’a descendu comme un film fasciste – ce qu’il entendait précisément dénoncer… Ce n’est pourtant pas faute de Verhoeven d’avoir oublié son humour burlesque dans les dialogues, les explosions de têtes et ses flashs d’informations grotesques (dans la droite lignée de ceux de Robocop). Mais le temps a fini par réparer son erreur et a réévalué Starship Troopers comme un chef d’œuvre titanesque et complexe, entre Star Wars et Full Metal Jacket. Trois suites sortiront directement en vidéo, preuve de leur intérêt négligeable, ainsi qu’une série télévisée en images de synthèse.

4 décembre : Ciné-club Comédie avec Marilyn Monroe / Billy Wilder : Sept ans de réflexion (1955) – Certains l’aiment chaud ! (1959)

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– 19h : Sept ans de réflexion (Billy Wilder – 1955 – 104 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes, Sonny Tufts, Robert Strauss, Oscar Homolka, Marguerite Chapman, Victor Moore

Un homme marié voit sa femme et son fils partir pour les vacances d’été pendant qu’il reste à New York. Une jeune femme superbe et sympathique emménage juste au-dessus de chez lui, et va lui retourner la tête dans tous les sens.

Billy Wilder a réalisé de grands classiques de noirceur (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, Le Gouffre aux chimères) mais commençait à se réorienter vers des films plus légers et comiques (La Scandaleuse de Berlin, Stalag 17, Sabrina). A l’inverse, Marilyn Monroe, star la mieux payé de 20th Century Fox mais insatisfaite de ses rôles de femmes superficielles, souhaitait jouer des personnages plus sérieux et dramatiques (comme dans Niagara). Le maître et la star se retrouvent donc à la croisée des chemins et de leurs carrières au sommet. Adaptant une pièce de Broadway à succès pendant plus de trois ans, Sept ans de réflexion est une comédie sur un sujet hautement politiquement incorrect : l’adultère. Pour calmer l’austère code Hays qui régit le cinéma américain de l’époque, Wilder est obligé d’adoucir notablement le scénario et le script, mais ce sont justement ces contraintes qui enrichiront d’autant plus subtilement les sous-entendus et la tension sexuelle, dans un duel entre le vice et la vertu où l’on assiste régulièrement aux fantasmes du héros prendre la forme de rêves visuels. Tom Ewell maîtrise parfaitement un rôle qu’il a joué sept cent fois au théâtre et qui lui a valu un Tony Award, tandis que Monroe, au-delà de son excellent sens comique, irradie l’écran de sa charge sexuelle, que son innocence rend encore plus irrésistible. Le film comporte d’ailleurs la scène la plus légendaire d’Hollywood : sa robe est soulevée par l’aération d’une bouche de métro, dénudant ses jambes (censure oblige, le film est d’ailleurs bien moins explicite que les photos promotionnelles ou de presse). Le film est un triomphe, mais en devenant déesse du cinéma, Monroe scelle par la même occasion son mariage de quelques mois avec le baseballer Joe DiMaggio, furieux de l’impudeur de sa femme lors de ce tournage dans une rue de New York rempli de curieux et de photographes, et plongera dans les affres des échecs sentimentaux perpétuels, de la dépression et des barbituriques dont elle ne survivra pas.

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– 21h : Certains l’aiment chaud ! (Billy Wilder – 1959 – 121 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown

Deux musiciens de jazz sont témoins par accident d’un règlement de compte de la mafia. Pour lui échapper, ils se retrouvent obliger d’intégrer une troupe musicale féminine, et donc de se travestir en femmes !

Quatre ans après Sept ans de réflexion, Billy Wilder retrouve Marilyn Monroe pour leur second et dernier film ensemble. L’actrice a cependant pris l’habitude d’arriver tous les jours en retard de plusieurs heures, se rappelle difficilement de son texte et oblige parfois à tourner plusieurs dizaines de prises par scène. Tony Curtis est l’autre grande star du film, célèbre pour Trapèze, Le Grand chantage ou Les Vikings. Wilder tourne par ailleurs pour la première fois avec Jack Lemmon, qui deviendra son acteur fétiche dans six autres films (dont La Garçonnière ou Irma la douce). Sur le sujet scabreux du travestissement sexuel, Billy Wilder, inspiré d’un film allemand (mais aussi de Scarface et d’Al Capone pour le début du film à Chicago), déploie un trésor d’inventivité, de gags, de sous-entendus, de situations extravagantes, grâce à des dialogues d’orfèvre, le tout dans un rythme effréné. Le trio comique est excellent dans nombre de scènes cultes, de la chanson de Marilyn Monroe « I wanna be loved by you, pooh pooh pee dooh » à la légendaire réplique finale « nobody’s perfect ». Nommé à six Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jack Lemmon) et remportant celui des meilleurs costumes, Certains l’aiment chaud ! a été classé par American Film Institute rien de moi que la meilleure comédie du cinéma américain. Le film suivant de Wilder (La Garçonnière) sera un nouveau triomphe multi-oscarisé, mais Monroe ne tournera plus que deux films, ne sera pas capable d’en terminer un troisième et sera retrouvée morte en 1962.

13 novembre : Ciné-club Cowboy solitaire : L’Homme des hautes plaines (1972) – L’Homme des vallées perdues (1953)

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– 19h : L’Homme des hautes plaines (Clint Eastwood – 1972 – 105 minutes)

avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Billy Curtis, Mitch Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Stefan Gierasch

Un étranger débarque dans une petite ville martyrisée par des bandits, mais elle cache de lourds secrets…

Clint Eastwood était passé à la réalisation avec le brillant thriller Un Frisson dans la nuit (1971). Deux ans plus tard, il signe son premier western, après avoir été sous la direction de Sergio Leone un des cowboys les plus iconiques depuis John Wayne et Gary Cooper. L’Homme des hautes plaines se révèle d’ailleurs sous haute influence de son maître italien (la « trilogie du dollar »), mais aussi Don Siegel (Un Shérif à New York, Sierra torride, Les Proies, L’Inspecteur Harry) et Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves) avec qui Eastwood a aussi construit sa carrière et en même temps observé et appris le métier de réalisateur – il mettra d’ailleurs leurs trois noms sur des pierres tombales dans un cimetière, autant pour leur rendre hommage que pour prendre ses distances. Il incarne donc un drifter, cowboy mutique et minéral, sans nom et imbattable, mais le cinéaste ajoute une atmosphère presque fantastique, nocturne et d’outre-tombe. Comme dans les futurs westerns qu’il réalisera (Josey Wales hors-la-loi, Pale Rider et Impitoyable), le film est marqué par la vengeance, où le cowboy mystérieux en profite pour donner une leçon à un village rempli de lâches e de médiocres, allant jusqu’à le faire repeindre en rouge et rebaptisé « Hell », dans une vision des plus surréalistes pour un western. L’Homme des hautes plaines est ainsi un western crépusculaire où l’élève s’affranchit de ses maîtres, et augure une longue et fructueuse carrière, qui ne reviendra qu’occasionnellement au genre qui l’a révélé.

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– 21h : L’Homme des vallées perdues (George Stevens – 1953 – 118 minutes)

avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Brandon De Wilde, Jack Palence, Ben Johnson, Edgar Buchanan

En 1889, Shane, un cowboy solitaire, arrive dans une vallée du Wyoming. Il sympathise avec une famille de fermiers qui est menacée par un gang d’éleveurs pionniers qui veulent les expulser.

Peu connu en France, L’Homme des vallées perdues est un grand classique du western aux Etats-Unis – c’était même le plus grand succès commercial du genre au cours de la décennie. Loin des batailles stéréotypée et patriotiques entre shérifs et brigands ou indiens, George Stevens (Une Place au soleil, Géant) signe un superbe western au sens le plus noble, c’est-à-dire une histoire d’individus se confrontant à leur destin dans une société qui se construit dans l’adversité, à un moment de l’histoire politique des Etats-Unis où les gens se défendaient eux-mêmes avec des revolvers quand le shérif le plus proche était à plusieurs jours de trajet en cheval. Il marquera les codes du genre, à commencer par Jack Palence, méchant iconique et menaçant vêtu de noir, et bien sûr Alan Ladd, héros au lourd passé, romantique et amer, influençant Sergio Leone avec ses hommes itinérants et mystérieux, ou Clint Eastwood dans ses propres réalisations – ce dernier allant jusqu’à faire un remake de ce film avec Pale Rider en 1985. Remportant l’Oscar de la meilleure photographie et nommé à cinq autres (meilleurs film, réalisateur, scénario, et seconds rôles pour Jack Palence et Brandon De Wilde), ce western symbolique, tendre et profond, admirablement réalisé et mis en images, annonce le genre crépusculaire des années 60 avec Sam Peckinpah (La Horde Sauvage).

6 novembre : Ciné-club Famille : Complot de famille (1976) – Voyage à Tokyo (1953)

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– 19h : Complot de famille (Alfred Hitchcock – 1976 – 120 minutes)

avec Karen Black, Bruce Dern, William Devane, Barabara Harris, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond

Une riche vieille dame engage une jeune voyante pour retrouver son héritier disparu.

Complot de famille est le tout dernier film de la longue carrière cinématographique – cinquante-trois films – d’Alfred Htichock, qui décèdera quatre ans plus tard alors qu’il préparait un autre film. Prix Edgar Poe du meilleur scénario, Complot de famille est un thriller avec des touches d’humour intercalant les péripéties de deux couples. Après avoir mis des scènes de nu dans Frenzy, Hitchcock continue de coller aux années 70 en insérant de nombreuses allusions sexuelles dans les dialogues. Comme dans son précédent film, il n’emploie plus de grandes stars, comme au temps de Cary Grant, James Stewart ou Grace Kelly. Néanmoins les acteurs ne sont pas secondaires, puisque Karen Black a tourné dans presque deux cent films dont Easy Rider ou Nashville (avec d’ailleurs aussi Barbara Harris), Bruce Dern (père de Laura Dern) travaillera avec Walter Hill, Francis Ford Coppola ou Joe Dante, et William Devane jouera dans des classiques comme Marathon Man ou Rolling Thunder (et bien sûr la série Côte Ouest !). A noter enfin qu’Hitchcock ne travaille plus avec son mythique compositeur habituel, Bernard Herrmann, avec lequel il s’était brouillé, mais avec John Williams (Les Dents de la mer, Star Wars, Superman, Indiana Jones). Complot de famille se révélera être le second plus grand succès commercial du maître du suspense.

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– 21h : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu – 1953 – 137 minutes)

avec Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, So Yamamura, Kuniko Miyake, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Nobuo Nakamura, Shira Osaka

Un couple de retraités vient rendre visite à leurs enfants et petits-enfants à Tokyo. Mais ces derniers ne sont pas si chaleureux que prévus…

Moins international que Kurosawa, Yasujiro Ozu est un des grands maîtres du cinéma japonais. Le thème majeur de ses cinquante-quatre films est la famille, dont les relations sont triturées dans tous les sens d’un film à l’autre, mais sans ficelles spectaculaires, avec une sobriété exemplaire. Voyage à Tokyo constitue la quintessence de son œuvre, en cristallisant l’ensemble de ses préoccupations et de ses codes stylistiques. A travers le désintérêt que les enfants adultes portent à la visite de leurs parents, qui trouveront paradoxalement le plus de proximité avec leur belle-fille, Ozu expose la désintégration du système familial traditionnel japonais, en pleine reconstruction du pays et occidentalisation de la société. A travers un rythme lent mais réel et la rigueur géométrique de cadres construits à la perfection, Ozu ne porte pas de jugement mais montre les relations telles qu’elles sont, donnant un sentiment d’existence et même de zen bouddhiste : le phénomène de la vie et du temps qui passe, entre éphémère et éternité, s’exprime de lui-même à travers Voyage à Tokyo. On retrouve l’actrice fétiche d’Ozu, Setsuko Hara, et probable maîtresse – elle arrêta brutalement sa riche carrière cinématographique à la mort du maître et partir se retirer à proximité du lieu où ses cendres reposent. Inconnu en France de son vivant, le réalisateur ne vit son œuvre arriver sur les écrans qu’en 1978 à travers ce film, aux côtés du Goût du saké et Fin d’automne. Il est régulièrement classé dans le peloton de tête des meilleurs films de tous les temps.