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14 mai 2017 : Ciné-club Evasion : New York 1997 (1981) – La Grande Evasion (1963)

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– 19h : New York 1997 (John Carpenter – 1981 – 98 minutes)

avec Kurt Russell, Lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Season Hubley, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau

Face à l’explosion de la criminalité, New York est devenu une prison fermée à ciel ouvert aux trois millions de prisonniers. L’avion du président s’étant écrasé dedans, le criminel Snake Plissken a vingt-quatre heures pour le retrouver et le ramener vivant, sinon une bombe placée en lui le tuera.

Inspiré par la jungle urbaine d’Un Justicier dans la ville avec Charles Bronson, John Carpenter écrit un western futuriste. Après Fog, il tourne un nouveau film de série B à petit budget – encore nocturne. Dans un Saint-Louis, Missouri (en réalité dévasté par un gigantesque incendie dans les années 70), il recréé un univers post-apocalyptique, inventif et marquant, typique des années 80. Le personnage de Snake Plissken est mythique, et révèle Kurt Russel, après des productions pour Disney et une collaboration sur le téléfilm Le Roman d’Elvis (réalisé par Carpenter). Lee Van Cleef (Pour quelques dollars de plus, Le Bon, la brute et le truand), Donald Pleasence (La Grande Evasion, Halloween) et Ernest Borgnine (La Horde Sauvage) complètent ce casting vintage, auquel il faut ajouter Isaac Hayes, grand chanteur funk-soul de l’écurie Stax, auteur de la fameuse BO de Shaft. Celle aux synthés de New York 1997 est comme d’habitude signée Carpenter lui-même. Le film est un succès, surtout en France, et devient rapidement culte. Le réalisateur enchainera avec Kurt Russell The Thing, un de ses meilleurs films, et Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, cuisant échec commercial qui le poussera dans le cinéma indépendant. Une suite sera tournée en 1996, Los Angeles 2013, toujours avec son acteur fétiche.

LA GRANDE EVASION

– 21h : La Grande Evasion (John Sturges – 1963 – 172 minutes)

avec Steve McQueen, James Garner, Richard Attenborough, James Donald, Charles Bronson, Donald Pleasence, James Coburn, David McCallum

En 1943, des officiers anglais et américains, prisonniers de guerre d’un camp allemand, prévoient de creuser un tunnel souterrain pour s’échapper.

L’histoire de La Grande Evasion est vraie, tirée d’un roman écrit par un ancien prisonnier. Il a été tourné dans les environs de Munich dans un camp reconstruit, et l’économie réalisée sur les décors permit d’embaucher un certain nombre de stars internationales. John Sturges avait d’ailleurs déjà dirigé trois d’entre elle dans son western Les Sept Mercenaires : Steve McQueen, Charles Bronson et James Coburn. Il s’agit du premier rôle principal de McQueen, qui inonde le film de son flegme légendaire. C’est lui qui suggère d’ajouter des scènes de course-poursuite à moto, dont il réalisa lui-même les cascades (sauf celle du mythique saut final). Sturges réalise un grand classique du cinéma, héroïque, minutieux et tendu, alternant suspense et humour, dont on ne perçoit jamais la longueur, et qui a eu beaucoup de succès. McQueen deviendra une immense star hollywoodienne, enchaînant ensuite Le Kid de Cincinnati, L’Affaire Thomas Crown ou Bullitt. Une suite, La Grande Evasion II, sortira en téléfilm en 1988 avec Christopher Reeve.

16 avril 2017 : Ciné-club romans de crise par John Ford : Qu’elle était verte ma vallée (1941) – Les Raisins de la colère (1940)

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– 19h : Qu’elle était verte ma vallée (John Ford – 1941 – 118 minutes)

avec Walter Pidgeon, Maureen O’Hara, Anna Lee, Donald Crisp, Roddy McDowall

Une famille de mineurs au pays de Galle est confrontée à la baisse des salaires imposée par les patrons de la mine.

Derrière ce titre et des affiches qui peuvent paraître aujourd’hui guimauves se cache l’adaptation d’un classique de la littérature britannique, écrit en 1939 par Richard Llewellyn, rien de moins qu’un chef d’œuvre du cinéma américain. Le producteur Darryl F. Zanuck ambitionnait initialement une grande fresque de quatre heures rivalisant avec Autant en emporte le vent, une superproduction en couleurs tournée au pays de Galle par le réalisateur William Wyler (Vacances romaines, Ben-Hur). Mais les bombardements allemands au Royaume-Uni en pleine Seconde Guerre mondiale obligent la production à tourner en Californie, et donc en noir et blanc pour que la végétation ne paraisse pas trop décalée avec le lieu du récit. De plus, William Wyler est remplacé, à cause de sa réputation de dépassements de budget, par John Ford, grand réalisateur de westerns. Cependant ce fils d’immigrés irlandais va insuffler des éléments familiaux dans cette histoire galloise. Qu’elle était verte ma vallée narre les joies et les peines d’une famille de mineurs dans une région en train d’être transformée irréversiblement par le capitalisme et ses tensions sociales. Ce monde qui change, avec son lot de pauvreté, d’injustices et d’hypocrisie est vue à travers les yeux innocents du narrateur, le dernier né de la famille (merveilleusement joué par Roddy McDowall). La tendresse de l’histoire, la beauté des cadrages et le sublime de la photographie donnent une grâce spirituelle au film, le préféré de la longue carrière de Ford. Il deviendra le succès commercial de l’année et recevra une pluie d’Oscars : meilleurs film (en compétition avec Citizen Kane et Le Faucon maltais), réalisateur (contre… William Wyler !), second rôle pour Donald Crisp (le père de famille), photographie, direction artistique, ainsi que quatre autres nominations.

LES RAISINS DE LA COLERE

– 21h : Les Raisins de la colère (John Ford – 1940 – 129 minutes)

avec Henry Fonda, Jane Darwell, John Carradine, Charley Grapewin

Une famille de fermiers est expulsée de ses terres, comme des milliers d’autres, et part vert la Californie dans l’espoir de retrouver du travail et leur dignité.

Le roman de John Steinbeck (A l’Est d’Eden, Des Souris et des hommes), écrit en 1939 et récompensé du prix Pulitzer, est rapidement devenu un des grands classiques de la littérature américaine. Adapté au cinéma par John Ford, Les Raisins de la colère crie le désespoir d’une partie de l’Amérique ruinée par la Grande Dépression et les manigances capitalistes, obligée d’émigrer là où il y a peut-être du travail, à n’importe quel prix. Dans ce road-trip de la misère, les yeux clairs d’Henry Fonda expriment à la fois l’espoir d’un monde meilleur et plus digne et la douleur de l’injustice la plus inacceptable, où les puissants (propriétaires ou policiers) n’ont aucune pitié ni sentiment de responsabilité dans le quasi-esclavage qu’ils imposent à une partie de leur population, logée dans des camps insalubres. Le film est aussi vif et édifiant que le livre, sublimé par la mise en scène de Ford et son superbe noir et blanc en clair-obscur. Il remporte l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle (Jane Darwell, pour le rôle de la mère), et est nommé à cinq autres. Il a même été projeté par l’URSS pour critiquer l’ennemi américain – avant d’être interdit quand le public réalise que leur situation est pire… D’ailleurs, le miroir montré aux Etats-Unis n’a pas toujours été bien reçu, puisque la Chambre de commerce et d’Agriculture de Californie appela au boycott du film, le livre fut interdit dans certains Etats, et son auteur menacé de mort. Œuvre incontournable de la conscience morale et sociale américaine, Les Raisins de la colère a inspiré à Woody Guthrie (mentor de Bob Dylan) la chanson « The Ballad of Tom Joad », et à Bruce Springsteen l’album The Ghost of Tom Joad et sa chanson éponyme.

2 avril 2017 : Ciné-club Boxe : When We Were Kings (1996) – Million Dollar Baby (2004)

WHEN WE WERE KINGS

– 19h : When We Were Kings (Leon Gast – 1996 – 85 minutes)

avec Mohamed Ali, George Foreman, Don King, James Brown, BB King, Norman Mailer, George Plimpton, Spike Lee, The Crusaders, The Spinners

Suite à son refus d’incorporer l’armée américaine pour aller combattre au Vietnam en 1967, Mohamed Ali est déchu de son titre de champion du monde de boxe poids lourds. En 1974, le promoteur Don King parvient à négocier un match de championnat du monde entre Ali et George Foreman – pour cinq millions de dollars chacun, financé par le dictateur Mobutu, pour faire la promotion du Zaïre, où la rencontre aura lieu. Foreman, le tenant du titre, est le grand favori : plus jeune et plus fort, ayant écrasé des adversaires qu’Ali avait eu du mal à battre. Ce dernier entreprend alors une intense campagne médiatique d’intimidation psychologique, mettant en valeur son charisme, son humour et ses talents de showman hors-normes pour ridiculiser son adversaire ou même politiser l’événement chaque fois que l’occasion se présente. When We Were Kings suit ainsi l’histoire de ce match historique, de l’entraînement sous tension des champions à Kinshasa à leur montée sur le ring devant cent mille spectateurs, en passant par son organisation ou les réactions de la population locale. Des stars de la musique noire américaine comme James Brown, BB King, les Crusaders et les Spinners firent aussi le voyage pour des concerts, faisant de cet événement une sorte de Woodstock afro-américain. Leon Gast mettra vingt-deux ans pour développer et monter les cent mille mètres de pellicule. Il insère des interviews récentes de Norman Mailer (auteur du livre Le Combat du siècle) ou du réalisateur Spike Lee. When We Were Kings recevra l’Oscar du meilleur documentaire, sans doute le meilleur sur ce sport ainsi que pour comprendre pourquoi Mohamed Ali l’un des sportifs et des icônes culturelles les plus puissantes. Lors de la cérémonie de remise de prix, Foreman aidera Ali (malade de Parkinson) à monter les marches, en signe de réconciliation.

MILLION DOLLAR BABY

– 21h : Million Dollar Baby (Clint Eastwood – 2004 – 132 minutes)

avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Mike Colter, Lucia Rijker

Une passionnée de boxe tente par tous les moyens de se faire entraîner par un dur vétéran du sport, dans l’espoir de devenir championne.

Inspiré de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques de Jerry Boyd, un ancien soigneur de la boxe professionnelle qui en connait parfaitement bien l’univers et ses codes, Million Dollar Baby est loin d’être un film à la Rocky vantant l’effort, la force et le succès. Il va en effet plus loin que la simple histoire d’une passion ou du prix de la réussite, puisqu’il repose avant tout sur les liens complexes unissant les trois personnages principaux (la boxeuse, l’entraîneur et son assistant, un ancien boxeur qu’il soignait dans sa jeunesse), des nœuds familiaux à leur transfert, de la culpabilité à la transmission, de la foi à l’euthanasie. Le fait d’entraîner une boxeuse évapore ainsi les clichés virils du genre, et la dernière partie du film prend de toute façon une tournure inattendue. Hilary Swank a suivi un entraînement sportif de trois mois pour lequel elle a pris dix kilos, coachée par l’entraîneur de plusieurs champions, boxant avec la quadruple championne du monde Lucia Rijker (qui joue aussi son adversaire). La réalisation d’Eastwood est comme toujours d’une sobriété et d’un classicisme impeccable, immersive dans les combats, grave dans les drames. Il a en outre composé lui-même la musique. Onze ans après Impitoyable, Eastwood refait un triomphe aux Oscars : meilleurs film, réalisateur, actrice (Hilary Swank) et second rôle (Morgan Freeman), et nominations à ceux de meilleur acteur (Clint Eastwood), scénario adapté et montage.

12 mars 2017 : Ciné-club Mal avec Orson Welles : Le Génie du mal (1959) – La Soif du mal (1958)

LE GENIE DU MAL

– 19h : Le Génie du mal (Richard Fleischer – 1959 – 103 minutes)

avec Orson Welles, Dean Stockwell, Bradford Dillman, Diane Varsi, E. G. Marshall, Martin Milner

Deux jeunes étudiants, supérieurement riches et intelligents, se prétendent au-dessus des lois et commettent un meurtre, par pure expérience et excitation du crime parfait.

En 1948, Alfred Hitchcock réalisait l’excellent La Corde, tiré d’une pièce de théâtre basée sur l’affaire Leopold et Loeb qui avait scandalisé l’Amérique en 1924. Comment de jeunes garçons aisés à qui la vie offrait tout avaient-ils pu basculer dans le pur mal en commettant un assassinat gratuit et froidement prémédité ? Richard Fleischer s’y penche à son tour en 1959, mais beaucoup plus fidèlement. Le réalisateur a beau avoir une filmographie des plus éclectiques, allant de la science-fiction (Soleil Vert, Le Voyage fantastique) à la guerre (Tora ! Tora ! Tora !) en passant par l’heroic fantasy (Conan le destructeur, Kalidor), il a tout de même réalisé beaucoup de films noirs et policiers (Les Inconnus dans la ville) ou des adaptations de faits divers (L’Etrangleur de Boston), dont Le Génie du mal fait partie. Ancien étudiant en psychiatrie, il présente régulièrement des études psychologiques poussées de ses personnages pour analyser leurs actions, ici l’exploration du mal et sur surhomme nietzschéen. Excellemment photographié et mis en scène, le film se concentre dans sa deuxième partie sur le procès, avec humanisme. Dean Stockwell (Paris Texas, Code Quantum) et Bradford Dillman (Les Evadés de la planète des singes, Piranhas, Le Retour de l’Inspecteur Harry) sont parfaits dans leurs interprétations hautaines et glaçantes, tandis qu’Orson Welles, qui ne concédait à jouer que pour financer ses propres films, livre comme d’habitude une performance charismatique, portant pendant quinze minutes le plus vibrant plaidoyer contre la peine de mort – en réalité, l’avocat avait plaidé douze heures ! Les trois acteurs remportèrent ainsi le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes.

LA SOIF DU MAL

– 21h : La Soif du mal (Orson Welles – 1958 – 111 minutes)

avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Valentin De Vargas, Dennis Weaver, Marlene Dietrich, Joseph Cotton, Zsa Zsa Gabor, Mercedes McCambridge

A la frontière américano-mexicaine, un policier américain corrompu enquête sur la mort d’un couple dans l’explosion d’une voiture. Un enquêteur mexicain en voyage de noces s’oppose à ses méthodes et va fouiller son passé.

Si Citizen Kane a été un triomphe commercial, les films suivants d’Orson Welles furent des gouffres financiers, ce qui lui valut une épouvantable réputation auprès des studios et limita énormément sa liberté artistique pour le reste de sa carrière. Mais c’est en apprenant que ce dernier serait acteur dans La Soif du mal que Charlton Heston fit pression pour qu’il le réalise. Welles tourne ainsi le premier jour l’équivalent de quatre journées de planning, ce qui rassura Universal Studios et lui permit de travailler sans interférences. Mais le premier montage ne les satisfait pas, et ils font tourner de nouvelles séquences et remonter le film par d’autres. Cependant Welles avait laissé une note de 58 pages détaillant ses instructions pour un director’s cut, qui fut réalisé en 1998 après sa mort. Il s’ouvre sur le plus long plan-séquence de l’époque, une scène époustouflante plantant le décor et l’atmosphère pesante et louche propre aux villes frontières et aux films noirs. La distribution est parfaite : Welles interprête prodigieusement une ordure physique et morale, Charlton Heston est impeccable, Janet Leigh tient déjà le rôle d’une femme en danger dans un motel deux ans avant Psychose, et des légendes comme Marlene Dietrich, Zsa Zsa Gabor et Joseph Cotten y font des apparitions. Dernier film Hollywoodien de Welles, La Soif du mal est un miracle de mise en scène, avec des cadrages en contre-plongée sublimes et audacieux, sur un tempo endiablé et fiévreux d’Henry Mancini, reconnu comme un des grands films du réalisateur et de l’époque, d’une modernité esthétique et narrative renversante et sans équivalent. Malheureusement, Welles ne réussira ensuite à financer que quelques autres films en Europe (notamment Le Procès ou Falstaff), en laissant plusieurs inachevés.

19 février 2017 : Ciné-club Entraînement militaire : Full Metal Jacket (1987) – Le Maître de guerre (1986)

FULL METAL JACKET

– 19h : Full Metal Jacket (Stanley Kubrick – 1987 – 117 minutes)

avec Matthew Modine, Arliss Howard, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, Ronald Lee Ermey, Kevyn Major Howard, Dorian Harewood, Ed O’Ross, John Terry

Dans les années 60, de jeunes recrues américaines sont entraînées par un instructeur impitoyable afin d’être envoyées au front de la guerre du Vietnam.

Sept ans après Shining, Stanley Kubrick (dont le rythme de réalisation se ralentit de plus en plus) sort un nouveau film magistral et percutant. Adapté de The Short Timers (Le Merdier en français) de Gustav Hasford et Dispatches (traduit en Putain de mort) de Michael Herr (ancien correspondant de guerre au Vietnam), Full Metal Jacket n’est pas tant un film sur le Vietnam ou même de guerre qu’un film sur la guerre en général. Le vétéran Ronald Lee Ermey, d’abord simple conseiller technique sur le film, à force de faire passer les auditions aux acteurs finit par décrocher le rôle du sergent Hartman (pourtant déjà attribué à un autre acteur !), sans conteste l’instructeur militaire le plus connu du cinéma, aux innombrables insultes fleuries et improvisées. Son autorité effroyable métamorphosera les recrues en machine à tuer (« born to kill ») anonymes (surnommées et non plus appelées par leurs noms). Cette entreprise de déshumanisation en vue de la destruction finit fatalement par émousser leur sens du bien et du mal, à commencer par la recrue Baleine (qui a pris 32 kilos pour le rôle) sur qui Hartman s’acharnait. La seconde partie se passe au Vietnam, mais a pourtant été entièrement tournée dans les environs de Londres, avec des palmiers importés, Kubrick détestant voyager ! A travers le regard humaniste du journaliste de guerre Joker, Kubrick montre habilement toute l’absurdité de la guerre, son thème le plus traité dès Fear and desire en 1953. Après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou le récent Platoon, le public n’a pas fait un triomphe commercial à Full Metal Jacket, mais il reste par son réalisme, son esthétique et son intelligence un des constats cinématographiques définitifs sur le sujet.

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– 21h : Le Maître de guerre (Clint Eastwood – 1986 – 130 minutes)

avec Clint Eastwood, Marsha Mason, Mario Van Peebles, Everett McGill, Moses Gunn, Eileen Heckart, Bo Svenson, Boyrd Gaines

Tom Highway, un marine dur à cuir médaillé des guerres de Corée et du Vietnam, doit entraîner de nouvelles recrues paresseuses, indisciplinées et bagarreuses.

Clint Eastwood n’a pas joué que des cowboys (la trilogie du dollar) ou des policiers (L’Inspecteur Harry), il avait déjà été militaire pour Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves). Mais c’est la première fois qu’il réalise et produit un film de guerre, dans lequel il tient impeccablement et solidement son rôle archétypal à peine modifié : un héros viril à l’impressionnant palmarès militaire qui mitraille d’insultes musclées (cultes et hilarantes !), se bat dans les bars ou tient tête à sa hiérarchie. Il va user de toute son autorité et de son expérience pour transformer des jeunes bleus désobéissants (dont le turbulent et rockeur Mario Van Peebles, le fils du réalisateur Melvin Van Peebles) en marines aguerris, dans des séquences qui précédent Full Metal Jacket. Cependant, s’il excelle sur le champ de bataille, il piétine avec son ex-femme qu’il veut reconquérir. A l’image de son personnage principal, Le Maître de guerre est relativement contrasté et ambigu, alternant patriotisme américain et critique de la hiérarchie militaire et administrative, le tout ponctué de dialogues humoristiques. Il s’inscrit cependant dans le cadre historique de l’invasion de l’île de la Grenade en 1983, pour libérer des otages américains et renverser le gouvernement communiste, où le premier degré reprend le dessus. Très professionnel, rythmé et efficace, Le Maître de guerre a été un bon succès commercial, et Eastwood reviendra bien plus tard au film de guerre avec Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima et American Sniper.

Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

5 février 2017 : Ciné-club blaxploitation : Shaft, les nuits rouges de Harlem (1971) – Jackie Brown (1997)

SHAFT - LES NUITS ROUGES DE HARLEM

– 19h : Shaft, les nuits rouges de Harlem (Gordon Parks – 1971 – 100 minutes)

avec Richard Roundtree, Moses Gunn, Drew Bundini Brown, Charles Cioffi, Christopher St. John, Gwenn Mitchell, Lawrence Pressman

Un gros trafiquant de drogue fait appel à Shaft, un détective de Harlem aux méthodes musclées, pour retrouver sa fille enlevée, au milieu d’une guerre de gangs.

S’il n’est pas le tout premier film de blaxploitation, Shaft, les nuits rouges de Harlem, en est devenu l’incarnation (avec Sweat Sweatback Baadasssss Song de Melvin Van Peebles la même année). Ce genre cinématographique révolutionnaire consiste en des films réalisés par des afro-américains pour un public afro-américains avec les codes de la culture afro-américaine : des héros charismatiques (et non plus seulement des seconds rôles ou des méchants), Harlem, les fringues et coupes seventies, l’argot, les problèmes socio-politiques (racisme, drogue, prostitution, corruption) et surtout d’excellentes bandes originales composées par les stars de la soul et du funk (James Brown, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Bobby Womack, Roy Ayers, Barry White ou Herbie Hancock). Cela change des films de la culture blanche que les afro-américains étaient obligés de regarder par défaut pendant des décennies sans pouvoir totalement s’y identifier. Shaft, les nuits rouges de Harlem, est ainsi un polar musclé magnifié par son mythique thème musical à la guitare wah-wah signé Isaac Hayes (qui avait auditionné pour le rôle principal), ce qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure chanson et une nomination à celui de la meilleure bande originale. L’énorme succès du film engendra deux suites, Les Nouveaux Exploits de Shaft (1972), et Shaft contre les trafiquants d’hommes (1973), une série télévisée (1973-1974) ainsi qu’un remake avec Samuel L. Jackson (2000), et surtout des dizaines de séries B d’exploitation durant la décennie, comme Superfly, Coffy, Foxy Brown, Black Caesar ou Blacula, malheureusement d’un niveau souvent inégal, aux stéréotypes répétitifs et à l’ambition commerciale. A noter que Tarantino a révélé que son héros de Django Unchained est l’arrière-arrière-arrière-arrières grand parents de John Shaft !

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– 21h : Jackie Brown (Quentin Tarantino – 1997 – 148 minutes)

avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert Forster, Bridget Fonda, Michael Keaton, Robert De Niro, Michael Bowen, Chris Tucker

Une hôtesse de l’air ramenant régulièrement de l’étranger de l’argent à un trafiquant d’armes est coincée par la police. Faisant semblant de collaborer, elle va tenter de piéger tout le monde et de partir avec cinq cent mille dollars.

Auréolé du succès planétaire de Pulp Fiction (1994), Quentin Tarantino prend son temps pour son prochain film. Comme à son habitude, il revisite le cinéma d’exploitation qu’il vénère et refait tourner ses gloires personnelles : Jackie Brown est ainsi un hommage à la blaxploitation, repêchant une ancienne actrice culte du genre dans les années 70, Pam Grier (Coffy la panthère noire de Harlem, Foxy Brown, Black Mama White Mama, Scream Blacula Scram), qu’il nommait déjà dans un dialogue cinéphilique de Reservoir Dogs ! La bande-son est bien évidemment soignée, avec de chaleureux morceaux funk-soul de Bobby Womack, Delfonics, Minnie Riperton, Meters, Supremes ou Roy Ayers. Cependant, même si pour la première fois Tarantino n’a pas écrit le scénario mais adapté librement le roman Punch Créole d’Elmore Leonard, le film reste personnel et ne se limite pas aux codes du genre, ni même à son propre style puisque le tempo est plus lent, la violence peu présente et ses personnages plus sérieux. Mais ses caractéristiques dialogues digressifs et interminables sont toujours là, ainsi que l’humour. Le casting est soigné, retrouvant Samuel L. Jackson, avec un Robert De Niro amorphe à total contre-emploi ou le vétéran Robert Forster (Reflets dans un œil d’or), touchant prêteur sur gages usé par la vie aidant l’héroïne, ce qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Sans atteindre les records de Pulp Fiction, Jackie Brown est bien reçu par le public et la critique. Tarantino délaissera ensuite les polars et reviendra à des films bien plus sanglants avec les deux Kill Bill.

29 janvier 2017 : Ciné-club Marlon Brando : Reflet dans un œil d’or (1967) – Le Parrain (1972)

REFLETS DANS UN OEIL D'OR

– 19h : Reflets dans un œil d’or (John Huston – 1967 – 109 minutes)

avec Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Brian Keith, Julie Harris, Robert Forster, Zorro David, Gordon Mitchell, Irvin Dugan, Fay Sparks

Dans une caserne militaire en Georgie, d’étranges triangles amoureux se tissent, rempli de non-dits et de jalousies.

Le film s’ouvre sur la phrase « il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis ». Adapté d’un roman de Carson McCullers, Reflets dans un œil d’or est un film tourmenté et mystérieux sur le désir, la frustration, la déviation, la folie. Derrière la surface lisse d’une caserne militaire, Marlon Brando joue un major torturé par ses démons refoulés, troublé par un de ses soldats (Robert Forster, que l’on retrouvera dans Jackie Brown, Delta Force ou Mulholland Drive) qui s’adonne au naturisme et au voyeurisme, épiant la nuit sa femme (Elizabeth Taylor) dans sa chambre. Elle, frustrée, reporte ses pulsions sur ce qu’elle peut, son cheval ou un colonel avec qui elle a une liaison. La femme de ce dernier (Julie Harris, vue dans A l’Est d’Eden ou La Maison du diable) sombre dans la folie et passe son temps avec un boy philippin caractériel. Dans le prolongement des Désaxés (1961), John Huston installe un climat de malaise rempli de tensions sexuelles et d’interprétations sous-jacentes. La photographie du film est soignée, il a d’ailleurs été tourné dans une version alternative à la teinte entièrement sépia et dorée, que la Warner refusa. Porté par de très grands acteurs, Reflets dans un œil d’or est un drame psychologique vénéneux et complexe préfigurant David Lynch à plusieurs niveaux, et un des films les plus audacieux et singuliers de John Huston.

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– 21h : Le Parrain (Francis Ford Coppola – 1972 – 177 minutes)

avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Diane Keaton, John Cazale

En 1945, la famille sicilienne Corleone est une des cinq familles régnant sur la mafia new-yorkaise. Mais son chef, Don Corleone, est vieillissant, et refuse la proposition d’une autre famille de s’associer dans le trafic de drogue…

Le jeune Francis Ford Coppola n’avait réalisé que quelques films inégaux (et remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Patton) avant de s’attaquer à  l’adaptation d’un roman best-seller de Mario Puzo. Le poste avait été refusé par quantité de réalisateurs et Coppola s’est résolu à l’accepter avant tout pour renflouer sa société de production, American Zoetrope, alors en difficulté. D’un tournage houleux, bataillant constamment avec les studios Paramount alors dirigés par des financiers sans ambition artistique , il accouche rien de moins que de l’un des plus grands films de tous les temps, sur lequel tout a été dit. Le Parrain est un drame shakespearien vertigineux, pas tant un film de gangster qu’une histoire de famille et de pouvoir dont les membres ne peuvent échapper à leur destin inexorable, rempli d’intrigues, de trahisons et de meurtres. Marlon Brando était au plus bas de sa carrière, dont Paramount ne voulait plus entendre parler, mais s’abaissa à accepter un salaire en-dessous de son standard et passer une audition pour décrocher le rôle, signant une des performances les plus mythiques d’Hollywood, récompensée d’un Oscar (qu’il refusa, pour protester contre le traitement infligé aux Indiens d’Amérique). Un jeune inconnu venu du théâtre dont c’est le troisième film, Al Pacino, tient presque seul  le film sur ses épaules et lance sa riche carrière d’acteur culte. Le reste de la distribution est à chaque fois prodigieuse (James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton, John Cazale). Le film est une splendeur à tous les niveaux, de la musique (Nina Rota) à la photographie (les scènes en Sicile…), en passant par la réalisation impériale. Succès critique et public absolu, le film est le premier à dépasser les 100 millions de dollars de recettes, culminant à 245 millions (pour un budget de 7 millions !). Il est nommé à dix Oscars et en remporte trois (dont meilleur film et meilleur scénario). Pierre angulaire du cinéma des années 70, considéré par Stanley Kubrick comme potentiellement le plus grand film jamais réalisé avec un casting parfait, la saga connaîtra deux suites (en 1974 et en 1990).