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2 juillet 2017 : Ciné-club ville frontière : Casablanca (1942) – Le Troisième homme (1949)

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– 19h : Casablanca (Michael Curtiz – 1942 – 102 minutes)

avec Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, Paul Henreid, Claude Rains, Conrad Veidt, Sydney Greenstreet, Peter Lorre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un patron d’un club à Casablanca voit débarquer son ancien amour en compagnie d’un héros de la Résistance qui doit absolument se procurer des papiers pour quitter le pays et poursuivre la lutte.

Hollywood produisait des dizaines de films du genre à la chaîne, en tant qu’industrie parfaitement bien rôdée, avec des talents à tous les étages, des plus discrets techniciens aux plus grandes stars. Et pourtant le sort a fait de Casablanca une alchimie littéralement miraculeuse, le faisant entrer au panthéon des grands classiques de l’histoire du cinéma. A l’origine une pièce de théâtre adaptée et modifiée par la Warner, le film est réalisé par le prolifique américain d’origine hongroise Michael Curtiz (173 films !), déployant ses superbes et subtils mouvements de caméra. Eclipsant Ronald Reagan (!) pour le premier rôle, Humphrey Bogart est alors en pleine ascension (il a joué dans le mythique Faucon maltais l’année précédente), et Ingrid Bergman n’a jamais été aussi belle, les deux formant l’un des couples les plus iconiques et déchirants du cinéma. Tourné en pleine Seconde Guerre mondiale, Casablanca a une résonnance historique particulière avec le patriotisme des Alliés, le couple devant choisir entre leur amour privé ou le sacrifice pour une cause plus grande et universelle. Leur incertitude et leur confusion n’est pas simulée, puisque le acteurs ne connaissaient pas la conclusion du scénario avant le dernier jour de tournage ! Chaque acteur secondaire est aussi brillant : Claude Rains (L’Homme invisible, Le Fantôme de l’opéra, Les Enchaînés), Sidney Greenstreet (Le Faucon maltais), Peter Lorre (M le maudit, Le Faucon maltais), et la photographie noir et blanc est absolument prodigieuse. Perfection magnétique de tous les instants, Casablanca a reçu les Oscars des meilleurs film, réalisateur et scénario adapté, nommé dans cinq autres (meilleurs acteur pour Bogart, second rôle pour Rains, photographie, montage et musique), et trône toujours, pour ceux qui l’ignoraient encore, sur le podium des classements des plus grands films américains, avec Citizen Kane ou Le Parrain.

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– 21h : Le Troisième homme (Carol Reed – 1949 – 104 minutes)

avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles, Trevor Howard

Un écrivain se rend à Vienne, alors occupée par les différents vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, à l’invitation d’un ami. Mais le jour de son arrivée il apprend sa mort mystérieuse. Il décide de mener sa propre enquête…

Ecrit par le réalisateur britannique Carol Reed et l’écrivain Graham Greene, Le Troisième homme se passe à Vienne en ruines, divisée comme Berlin en différents secteurs contrôlés par les Alliés. La ville est un décor idéal pour un trouble film d’espionnage, rempli de cadrages magnifiques, d’une photographie renversante de contrastes et d’ombres (ce qui lui valut un Oscar). Le personnage mythique d’Harry Lime fut inspiré à Graham Green par un de ses supérieurs aux services secrets britanniques. Orson Welles tient un de ses plus fameux rôles d’acteur – métier qu’il consentait à faire uniquement pour financer ses propres réalisations, en l’occurrence Othello à l’époque. En plus de sa présence magnétique à l’écran, on raconte qu’il influença la mise en scène de certaines séquences ou ses dialogues. L’inoubliable thème musical à la cithare fut si populaire qu’il sortit en single et se vendit à plusieurs millions d’exemplaires (elle sera réutilisée pour la série Around the world with Orson Welles) ! Avec son scénario riche et ses multiples scènes cultes (les égouts, la grande roue, l’enterrement), Le Troisième homme est un des sommets du film noir, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes. Le personnage d’Harry Lime fut si célèbre qu’il eut droit à sa propre série radiophonique sur la BBC ! En 1953, Carol Reed tournera un autre film d’espionnage, cette fois-ci  Berlin : L’Homme de Berlin.

10 avril : Ciné-club Psychothérapie par David Cronenberg : Chromosome 3 (1979) – A Dangerous Method (2011)

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– 19h : Chromosome 3 (David Cronenberg – 1979 – 92 minutes)

avec Oliver Reed, Art Hindle, Cindy Hinds, Samantha Edgar, Henry Beckman

Un père de famille découvre des traces de coups sur le corps de sa fille. Il veut l’empêcher de retourner voir sa mère, qui suit un traitement révolutionnaire, la psychoplasmique, pour soigner ses névroses. Mais des morts étranges apparaissent…

Chromosome 3 n’est aucunement la suite de films s’intitulant Chromosome. Le titre original est The Brood (La Portée), le chromosome n’est pas explicitement relié au film, et on ne comprend toujours pas ce que vient faire ce « 3 » dans le titre. Mais pour son quatrième film, David Cronenberg explore déjà son thème fétiche du lien entre le psychique et l’organique. C’est même un film à moitié autobiographique, puisque, en plein divorce, il avait enlevé sa fille à son ex-femme qui sombrait dans une secte. Tourné à Toronto, le film est conçu comme une série B d’horreur, mais tout en restant sobre et économe la réalisation se révèle magistrale, et mérite de prendre l’œuvre au sérieux. La thérapie psychoplasmique inventée ici consiste en ce que le thérapeute se fait passer tour à tour pour les différentes personnes qui ont traumatisé le patient, qui leur expose ses reproches. Cette expérience cathartique a pour conséquence de faire apparaître des plaies sur le corps, comme manifestation des blessures psychiques. Oliver Reed en psychothérapeute et Samantha Edgar sa patiente (qui a eu une liaison par le passé avec l’acteur !) sont tout à fait inquiétants, tandis que la jeune fillette apeurée se débrouille parfaitement bien, à l’instant du jeune Danny dans Shining. Chromosome 3 est devenu un film culte, notamment lors de son exploitation en VHS, et permettra à Cronenberg de continuer de déployer la pleine mesure de sa singularité et de son talent dans ses prochains films dérangés, Scanners et Videodrome, avant d’exploser avec Dead Zone et La Mouche.

 A DANGEROUS METHOD (2011)

– 21h : A Dangerous Method (David Cronenberg – 2011 – 96 minutes)

avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen, Sarah Gadon, Vincent Cassel

Au début du XXème siècle à Zurich, le docteur Carl Jung expérimente sur sa patiente atteinte d’hystérie une nouvelle thérapie par la parole, la psychanalyse, inventée par son père spirituel, le docteur Sigmund Freud.

Le tout premier court-métrage de David Cronenberg, Transfer (1966), portait déjà sur un psychiatre et son patient. En découvrant la pièce de théâtre The Talking Cure de Christopher Hampton (basé sur un scénario inabouti pour… Julia Roberts !), tiré du livre A Most Dangerous Method de John Kerr, Cronenberg décide d’adapter ce ménage à trois intellectuel. Il ne s’agit pas en effet d’un biopic des deux éminents psychanalystes ou d’une histoire de la psychanalyse, mais d’un épisode précis de leurs vies entremêlées : la thérapie de Sabina Spielrein par Carl Jung, qui deviendra passion amoureuse, tandis que la relation de Jung avec Freud, au début admirative et proche, finira par se dégrader. Freud en Jung son dauphin, mais ce dernier divergera de certaines théories freudiennes et s’affranchira d’une orthodoxie trop rigide. A Dangerous Method est un film d’époque, tourné à Zurich, Vienne et en Allemagne, avec des costumes réalisés par la sœur de Cronenberg, et une musique d’inspiration wagnérienne signée par Howard Shore, son compositeur attitré depuis Chromosome 3. Les acteurs incarnent intensément leurs personnages, à commencer par Keira Knightley et ses crises d’hystérie, ou Vincent Cassel, psychanalyste et patient polygame qui sera l’élément perturbateur faisant entrer Jung en crise éthique vis-à-vis de sa patiente. Dans le rôle de Freud, Viggo Mortensen retrouve Cronenberg pour la troisième fois (après A History of Violence et Les Promesses de l’ombre), et donne toute la tension requise dans ses rapports avec Fassbender (excellent Jung tourmenté). Certains critiques aussi orthodoxes que Freud critiquèrent certains écarts mineurs avec la vérité historique, ne voyant pas que l’intérêt artistique de Cronenberg se situe dans l’histoire d’amour contrariée entre ces trois personnes, érotique, filiale ou intellectuelle.